
Comment savoir où noter une info quand on enseigne au lycée (sans la chercher trois semaines plus tard)
Il y a deux façons de payer une information mal rangée, et je les connais bien toutes les deux.
La première, je sais que je l’ai notée. Je rouvre le cahier de textes, je remonte trois semaines, je regarde dans le carnet, dans les mails, dans les notes du téléphone. Je finis par mettre la main dessus, et l’heure de trou y est passée.
La seconde coûte plus cher. Je ne la cherche même pas, parce que j’ai oublié qu’elle existait. Elle me revient quand une élève demande où en sont ses copies, ou quand un collègue rappelle la date que je devais tenir. À ce moment-là, l’échéance est passée.
Dans les deux cas, la mémoire n’est pas en cause. L’information avait été posée dans un document qui n’était pas fait pour la porter.
Trois documents, trois destinataires
On emploie ces trois mots comme s’ils désignaient la même chose. Ils désignent trois documents qui ne s’adressent pas aux mêmes personnes.
Le cahier de textes est pour les élèves et les familles. Il porte le travail donné et ce qui a été fait en cours. C’est ce que consulte une élève absente pour rattraper, et ce que regarde un parent qui veut vérifier les devoirs. Il vit sur l’ENT, Pronote ou École Directe, et d’autres que vous le lisent.
La progression est pour la discipline. Elle répartit le programme dans le temps, en séquences et en séances, chaque séquence construite en fonction de celle d’avant et de celle d’après. On la fabrique en août. On la corrige toute l’année.
Le cahier de bord est pour vous. C’est là qu’on prépare et c’est là qu’on pose ce qu’il ne faut pas oublier. Personne d’autre ne l’ouvre. Personne d’autre ne peut le tenir à votre place.
Trois questions pour trier
Trois questions suffisent, à condition de les poser dans l’ordre.
C’est à faire ? Alors ça va au cahier de bord. Rendre les copies de la 1re 3 avant vendredi. Prévenir la classe du changement de salle. Relancer l’élève qui n’a pas rendu son dossier.
C’est un état ? Alors ça se lit dans la progression. Il reste deux séances sur ce chapitre. La 4e D a une semaine de retard. Ce sont des constats, qu’on consulte plutôt qu’on ne les note.
C’est pour les élèves ? Alors ça va au cahier de textes. Et seulement une fois que c’est fait.
C’est le point sur lequel je me trompe le plus souvent. Beaucoup d’informations passent par le cahier de bord avant d’arriver au cahier de textes. Le rappel est à moi, le message est à eux. « Prévenir les élèves » reste une tâche tant que ce n’est pas envoyé.
Le cahier de textes ne peut pas tenir le rôle
C’est pourtant lui qu’on essaie tous de détourner, et pour une bonne raison : c’est le seul des trois qu’on nous donne. Il existe par défaut, il s’ouvre tous les jours, et il contient déjà ce qu’on a traité en cours. La tentation de s’en servir pour tout le reste est logique.
Sauf qu’il a été conçu pour les élèves, avec leurs échéances à eux. Vous y écrivez « contrôle mercredi prochain » : ils le voient, et vous devez continuer d’y penser de votre côté. Il ne vous rappelle rien et il ne garde aucune trace de ce que vous avez à tenir.
Et il est lu par les familles et l’administration, ce qui exclut d’y poser ce qu’on note pour soi.
C’est de là que vient l’impression de toujours courir, alors qu’on note tout : on note dans un document qui ne nous rend rien.
Ce qui se joue entre la progression et le cahier de bord
Dans une semaine ordinaire, ces deux-là se répondent en permanence. Une séance qui déborde décale la progression. Une progression qui décale fabrique des tâches : refaire le découpage, prévenir une classe, décaler une évaluation.
Quand les deux vivent séparément, un tableur d’un côté, un carnet de l’autre, l’ajustement se fait de tête. Ça tient jusqu’à la Toussaint, rarement au-delà.
C’est le problème qu’on cherchait à régler pour nous-mêmes quand on a commencé à construire ProfPlanner : garder la progression et ce qui en découle au même endroit, à côté d’un emploi du temps synchronisé depuis Pronote ou École Directe.
Cela dit, le tri vient avant l’outil, et il fonctionne aussi bien sur un carnet à spirale. Avant d’écrire quoi que ce soit, la question à se poser est : à qui cette information est-elle destinée ?
Écrit par Cécile, professeure de STMG en lycée.